mercredi 15 juillet 2009

Sidoine Apollinaire, "Carmen II"

Chose promise, chose due, voici un portrait de barbares chez Sidoine Apollinaire et même de ceux qui sont barbares pour les barbares, j'ai nommé les Huns.

Sidoine Apollinaire est un poète gaulois du Vème siècle après, qui a notamment écrit des panégyriques ( i.e. des discours d'éloge ; mais, rassurez-vous, à côté de celui de Pline le Jeune adressé à Trajan, la brosse à reluire de Sidoine, c'est de la roupie de sansonnet ) pour trois empereurs du milieu de ce siècle, Avitus, Majorien et Anthémius.

Le genre du panégyrique est très codifié : on célèbre la naissance du Grand Homme, sa famille, son éducation, etc. et, bien sûr, ses exploits militaires. Pour ce faire, il faut évidemment présenter l'Ennemi comme absolument terrible, d'où de nombreux portraits de barbares chez Sidoine ( il faut penser qu'on est alors au début des Grandes invasions et que la question des barbares est donc très importante ). Ici, les Huns sont présentés comme la Barbarie à l'Etat Pur.

Le style de Sidoine est placé sous le signe du "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?" Pour le traducteur, il y a parfois vraiment de quoi devenir chèvre. Imaginez un texte précieux ( i.e. en lien avec ce qu'on appellera plus tard la Préciosité littéraire ), mais en latin ! Ceci dit, une fois qu'on l'a étudié, on se rend compte que cet auteur est intéressant, à mon avis moins pour son style que pour sa manière de reprendre les lieux communs et de les adapter à ses besoins. Là, c'est le portrait de barbares, topique en histoire depuis César.


... Sed omittimus istos
ut populatores : belli magis acta reuoluo.
Quod bellum non parua manus nec carcere fracto
ad gladiaturam tu, Spartace vincte, parasti,
sed Scythicae uaga turba plagae, feritatis abundans,
dira, rapax, uehemens, ipsis quoque gentibus illic
barbara barbaricis, cuius dux Hormidac atque
ciuis erat. Quis tale solum est moresque genusque.

Albus Hyperboreis Tanais qua uallibus actus
Riphaea de caute cadit, iacet axe sub ursae
gens animis membrisque minax : ita sub fronte cauernis
uisus adest oculis absentibus ; acta cerebri
in cameram uix ad refugos lux peruenit orbes,
non tamen et clausos ; nam fornice non spatioso
magna uident spatia, et maioris luminis usum
perspicua in puteis compensant puncta profundis.
Tum, ne per malas excrescat fistula duplex,
obtundit teneras circumdata fascia nares,
ut galeis cedant : sic propter proelia natos
maternus deformat amor, quia tensa genarum
non interiecto fit latio area naso.
Cetera pars est pulchra uiris : stant pectora uasta,
insignes umeri, succinta sub ilibus aluus.
Forma quidem pediti media est, procera sed exstat
si cernas equites ; sic longi saepe putantur
si sedeant. Vix matre carens ut constitit infans,
mox praebet dorsum sonipes ; cognata reare
membra uiris : ita semper equo ceu fixus adhaeret
rector ; cornipedum tergo gens altera fertur,
haec habitat. Teretes arcus et spicula cordi,
terribiles certaeque manus iaculisque ferendae
mortis fixa fides et non peccante sub ictu
edoctus peccare furor.


Mais laissons de côté ces autres barbares en tant qu'ils sont des pillards : j'en reviens plutôt aux hauts faits de la guerre. Cette guerre, ce n'est pas une petite troupe qui l'a préparée, ni toi, Spartacus, qui as été chargé de liens et as brisé ta prison pour prendre la tête de gladiateurs, mais la foule errante de la terre scythe, qui regorge de férocité, cruelle, avide, violente, barbare aussi pour les peuples barbares eux-mêmes qui sont là-bas. Son chef et concitoyen était Hormidac. Voici quels sont son sol, ses moeurs et son peuple.

Là où le blanc Tanaïs est conduit à travers les vallées hyperboréennes et tombe des monts Riphées se trouve, sous le char de l'Ourse, un peuple terrible psychiquement et physiquement : les visages même de leurs enfants ont à ce point une horreur qui leur est propre. Une masse ronde s'élève au sommet de leur tête ; sous leur front, leur regard est présent dans deux cavités, car leurs yeux sont absents ; la lumière, conduite dans la voûte cérébrale, parvient à peine aux globes qui la fuient, mais ne sont cependant pas fermés ; car malgré une étroite ouverture, ils voient de grands espaces et les points visibles dans leurs puits profonds compensent l'usage qu'ils feraient d'un oeil plus grand. Puis, pour que les deux narines ne croissent pas trop sur les joues, un lacet attaché autour de la tête les écrase quand elles sont tendres, pour qu'elles cèdent devant les casques : ainsi, à cause des combats, l'amour de leurs mères déforme les enfants, car la surface plate des joues devient plus large lorsque le nez n'est plus en son milieu. Le reste du corps est beau chez les hommes : ils ont une large poitrine, les membres remarquables, le ventre effacé sous leurs flancs. Ils sont certes de taille moyenne lorsqu'ils sont à pied, mais elle paraît haute si on les voit à cheval : ainsi on les croit souvent grands s'ils sont assis. Quand l'enfant, privé de sa mère, se tient debout, un cheval lui présente son dos ; on croirait que ses membres sont les mêmes que ceux de l'homme : tant le cavalier adhère au cheval, comme s'il y était fixé ; un autre peuple est porté par le dos des chevaux, celui-ci y habite. Les arcs arrondis et les flèches leur sont chers, leurs mains sont terribles et sûres ; ils sont toujours certains de donner la mort avec leurs javelots et leur fureur est instruite à faire le mal d'un coup qui n'est pas mal porté.


( Sidoine Apollinaire, Carmen II dédié à Anthémius, vers 235 à 270 )



Bonus gagnant pour les latinistes : je l'ai dit ailleurs, je le redis ici, je paie un pot de beurre de cacahouètes à celui qui sera capable de me représenter précisément la sandale de Roma Bellatrix qui est décrite un peu plus loin dans le même panégyrique. Voici le texte ; bon courage, mes camarades et moi avons été perplexes toute l'année, ce qui pose problème lorsqu'il faut traduire... :p

Perpetuo stat planta solo, sed fascia primos
sistitur ad digitos, retinacula bina cothurnis
mittit in aduersum uincto de fomite pollex,
quae stringant crepidas et concurrentibus ansis
uinculorum pandas texant per crura catenas.


Ce sont les vers 400 à 404.

lundi 13 juillet 2009

Bonaventure des Périers, "Nouvelles récréations et joyeux devis"

C'était la bonne surprise du programme français d'agrèg' : Bonaventure des Périers, auteur du XVIème siècle qui, entre autres choses, a publié un recueil de nouvelles, genre très à la mode à l'époque ( pensez à l'Heptaméron de Marguerite de Navarre ). J'ai une dent contre la médiévale, mais pas contre le XVIème et je dois dire que je me suis beaucoup amusée à lire cette oeuvre. Voici ma préférée toutes catégories ( j'ai explosé de rire dans le train en la lisant ! ) et je ne suis pas la seule à lui décerner la palme...! Voici donc, avec l'orthographe d'époque, la nouvelle 62 :

Du jeune garson qui se nomma Thoinette, pour estre receu à une religion de nonnains et comment elle fit saulter les lunettes de l'abbesse qui la visitoit toute nue.


Il y avoit un jeune garson de l'age de dixsept à dixhuit ans, lequel estant à un jour de feste entré en un couvent de Religieuses en veid quatre ou cinq qui luy semblerent fort belles : et dont n'y avoit celle pour laquelle il n'eust trop volentiers rompu le jeusne : et les mit si bien en sa fantaisie qu'il y pensoit à toutes heures. Un jour comme il en parloit à quelque bon compaignon de sa cognoissance, ce compaignon luy dit : « Sçais tu que tu feras ? Tu es beau garson, habille toy en fille et te va rendre à l'abbesse : elle te recepvra aisément, tu n'es point congneu en ce pays d'icy. »

Car il estoit garson de mestier et alloit et venoit par pays. Il creut assez facilement ce conseil : se pensant qu'en cela n'avoit aucun danger qu'il n'esvitast bien quand il voudroit. Il s'habille en fille assez povrement et s'advisa de se nommer Thoinette. Dont de par Dieu s'en va au couvent de ces Religieuses, ou elle trouva façon de se faire veoir à l'abbesse qui estoit fort vieille. Et de bonne adventure n'avoit point de chambriere. Thoinette parle à l'abbesse et lui compta assez bien son cas : disant qu'elle estoit une povre orfeline d'un village de là aupres, qu'elle luy nomma. Et en effect parla si humblement que l'abbesse la trouva à son gré : et par manière d'aumosne la voulut retirer, luy disant que pour quelques jours elle estoit contente de la prendre : et que s'elle vouloit estre bonne fille, qu'elle demeuroit là dedans. Thoinette fit bien la sage, et suyvit la bonne femme d'abbesse, à laquelle elle sceut fort bien complaire : et quant et quant se faire aymer à toutes les Religieuses : Et mesme en moins de rien elle apprint à ouvrer de l'aiguille : Car peult estre qu'elle en sçavoit desja quelque chose, dont l'abbesse en fut si contente qu'elle la voulut incontinent faire nonne là dedans. Quant elle eut l'habit ce fut bien ce qu'elle demandoit et commença à s'approcher fort pres de celles qu'elle voyoit les plus belles, et de privauté en privauté, elle fut mise à coucher avec l'une. Elle n'attendit pas la deuxiesme nuict que par honnestes et aymables jeux elle fit congnoistre à sa compagne qu'elle avoit le ventre cornu, luy faisant entendre que c'estoit par miracle : et vouloir de Dieu. Pour abbreger elle mit sa cheville au pertuys de sa compagne et s'en trouverent bien, et l'une et l'autre : laquelle chose en la bonne heure. Il, dy je, Elle, continua assez longuement, et non seulement avec celle la : mais encore avec trois ou quatre des aultres, desquelles elles s'accointa. Et quand une chose est venue à la cognoissance de troys, ou de quatre personnes, il est aisé que la cinquiesme le sache, et puis la sixiesme : de mode qu'entre les nonnes y en ayant quelques unes de belles et les aultres laydes, ausquelles Thoinette ne faisoit pas si grande familiarité qu'aux aultres : avec maintes aultres conjectures, il leur fut facile de penser que je sçay pas quoy. Et y firent tel guet qu'elles le connurent assez certainement : et commencerent à en murmurer si avant, que l'abbesse en fut advertie, non qu'on luy dist que nomément ce fust seur Thoinette. Car elle l'avoit mise là dedans et puis elle l'aymoit fort. Et ne l'eust pas bonnement creu. Mais on luy disoit par parolles couvertes qu'elle ne se fiast pas en l'habit et que toutes celles de leans n'estoyent pas si bonnes qu'elle pensoit bien : et qu'il y en avoit quelqu'une d'entre elles qui faisoit deshonneur à la Religion : et qui gastoit les Religieuses. Mais quand elle demandoit qui c'estoit et que c'estoit, elles respondoyent que s'elle les vouloit faire despouiller , elle le congnoistroit. L'abbesse esbahie de ceste nouvelles, en voulut sçavoir la verité au premier jour, et pour ce faire, fit venir toutes les Religieuses en chapitre. Seur Thoinette estant advertie par ses mieulx aymées de l'intention de l'abbesse, qui estoit de les visiter toutes nues : attache par derrière sa cheville par le bout avec un filet qu'elle tira par derriere : et accoustre si bien son petit cas qu'elle sembloit avoir le ventre fendu comme les aultres, à qui n'y eust regardé de bien pres : Se pensant que l'abbesse, qui ne voyoit pas la longueur de son nez ne le sçauroit jamais congnoistre. Les nonnes comparurent toutes. L'abbesse leur fit sa remonstrance, et dit pourquoy elle les avoit assemblées : et leur commanda qu'elles eussent à se despouiller toutes nues. Elle prend ses lunettes pour faire sa revue, et en les visitant les unes apres les autres, il vint au reng de seur Thoinette, laquelle voyant ces nonnes toutes nues, fraisches, blanches, refaictes, rebondies, elle ne peut estre maistresse de ceste cheville qu'il ne se fist mauvais jeu. Car sus le poinct que l'abbesse avoit les yeux le plus pres, la corde vint rompre : et en desbandant tout à coup la cheville vint repousser contre les lunettes de l'abbesse, et les fit saulter à deux grandz pas loing. Dont la povre abbesse fut si surprise qu'elle s'ecria, «Jesu Maria : ah Sans faulte dit elle, et est ce vous ? Mais qui l'eust jamais cuidé estre ainsi, que vous m'avez abusée ? »

Toutesfois, qui eust elle faict ? sinon qu'il fallut y remedier par patience, car elle n'eust pas voulu scandalizer la religion. Seur Thoinette eut congé de s'en aller, avec la promesse de sauver l'honneur des filles Religieuses.

dimanche 12 juillet 2009

"Feeling good"

Parce que ça fait longtemps que je n'ai pas mis de musique par ici, un petit standard.



Feeling good




Découvrez Nina Simone!




Birds flying high
You know how I feel
Sun in the sky
You know how I feel
Breeze driftin' on by
You know how I feel
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life
For me
And I'm feeling good

Fish in the sea
You know how I feel
River running free
You know how I feel
Blossom on the tree
You know how I feel
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life
For me
And I'm feeling good

Dragonfly out in the sun
You know what I mean, don't you know
Butterflies all havin' fun
You know what I mean
Sleep in peace when the day is done,
What's what I mean
And this old world is a new world
And a bold world
For me

Stars when you shine
You know how I feel
Scent of the pine
You know how I feel
Yeah freedom is mine
And I know how I feel
It's a new dawn
It's a new day
It's a new life
For me

And I'm feeling good

lundi 6 juillet 2009

Aristophane, "Les Nuées"

Autre texte intéressant que j'ai dû retraduire et qui, je dois l'avouer, m'amuse beaucoup plus que la Théogonie : Les Nuées d'Aristophane. Aristophane est un auteur de comédies athénien de la fin du Vème siècle avant Jésus-Christ. Pour le dire en un mot, il est tout simplement éblouissant. Tout d'abord, il est très drôle, avec un humour assez souvent en bas de la ceinture , mais qui marche à tous les coups. Mais surtout, il fait preuve d'une invention verbale absolument géniale ( qui cause d'ailleurs de sacrées migraines à ses traducteurs ). Ses pièces sont également en prise directe avec l'actualité de l'époque, ce qui fait que c'est souvent grâce à lui que nous avons une petite idée d'à quoi ressemblait le quotidien d'un Athénien aux alentours de 420 et quels étaient les débats et les idées en vogue à ce moment-là. Il écrivait en effet en pleine guerre du Péloponnèse ( durant laquelle les Athéniens et les Spartiates se sont affrontés grosso modo de 431 à 404 ) et se trouvait être un fervent partisan de la paix, ce qui fait qu'il n'hésitait pas à vilipender les va-t-en-guerre de toutes sortes, avec une liberté de ton qu'on a du mal à retrouver de nos jours.

Pour une fois, Les Nuées ne se font pas l'apôtre de la paix, comme les deux premières pièces du comique athénien, Les Acharniens et Les Cavaliers, mais traitent des nouvelles idées en vogue à Athènes sur l'éducation, en particulier de l'enseignement des sophistes. Pour résumer assez grossièrement, les sophistes étaient des professeurs itinérants qui, moyennant finances, proposaient d'enseigner aux jeunes gens l'art oratoire. Un de leurs principaux arguments publicitaires étaient : "grâce à nous, vous pourrez soutenir une chose et son contraire... et vaincre dans l'un comme dans l'autre cas". C'est pour cette raison que Platon leur reproche de faire de tout cela un jeu et de ne se soucier en rien de la vérité, contrairement au vrai philosophe. Dans la pratique, on sait aujourd'hui que les sophistes avaient aussi une pensée propre et qu'ils ne se contentaient pas de faire les marioles en tenant des discours creux et amoraux.

Evidemment, je ne fais ici que résumer très grossièrement la question : si jamais un spécialiste se perd suffisamment pour tomber ici, je précise que je suis tout à fait consciente que c'est beaucoup plus subtile que cela. Ceci dit, si ça intéresse quelqu'un ( on ne sait jamais ), dites-le-moi, je peux développer.

L'intrigue des Nuées est assez simple : Strepsiade, un paysan athénien, est griblé de dettes parce que son fils, Phidippide, est un fan d'équitation, au point de même passer ses nuits à en rêver. Or Strepsiade a entendu parler de l'enseignement d'un certain Socrate ( qu'Aristophane met allègrement plus ou moins dans le même sac que les sophistes ), qui permet de gagner à tous les coups en justice, ce qui l'intéresse d'autant plus que ses créanciers menacent maintenant de porter l'affaire au tribunal. Il essaie d'abord en vain de convaincre son fils d'entrer à l'école des sophistes ( appelée "le Pensoir" ), puis décide d'y aller lui-même. Le passage que je vous présente se situe juste au moment où Socrate fait sa première entrée en scène, assis dans une corbeille suspendue qui descend doucement jusqu'au sol ; Strepsiade était en train de discuter avec un disciple, sur le pas de la porte du Pensoir. Je n'ai malheureusement pas réussi à conserver la répartition typographique des vers entre les différentes répliques, je vous la signale par des "\".


ΜΑ : Αὐτός.

ΣΤ : Τίς αὐτός ;

ΜΑ : Σωκράτης.

ΣΤ : Ὦ Σώκρατης... \ Ἴθι οὗτος, ἀναβόησον αὐτόν μοι μέγα \

ΜΑ : Αὐτὸς μὲν οὖν σὺ κάλεσον * οὐ γάρ μοι σχολή. \


ΣΤ : Ὦ Σώκρατης, \ ὦ Σωκρατίδιον...

ΣΩ : Τί με καλεῖς, ὦφήμερε ; \

ΣΤ : Πρῶτον μὲν ὅ τι δρᾶς, ἀντιβολῶ, κάτειπέ μοι. \

ΣΩ : Ἀεροβατῶ καὶ περιφρονῶ τὸν ἥλιον. \

ΣΤ : Ἔπειτ' ἀπὸ ταρροῦ τοὺς θεοὺς ὑπερφρονεῖς, \ ἀλλ' οὐκ ἀπὸ τῆς γῆς, εἴπερ ;

ΣΩ : Οὐ γὰρ ἄν ποτε \ ἐξηῦρον ὀρθῶς τὰ μετέωρα πράγματα, \ εἰ μὴ κρεμάσας τὸ νὀημα καὶ τὴν φροντίδα \ λεπτὴν καταμείξας εἰς τὸν ὅμοιον ἀέρα. \ Εἰ δ' ὤν χαμαὶ τἄνω κάτωθεν ἐσκόπουν, \ οὐκ ἄν ποτ' ηὗρον * οὐ γὰρ ἀλλ' ἡ γῆ βίᾳ \ ἕλκει πρὸς αὑτὴν τὴν ἰκμάδα τῆς φροντίδος. \ Πάσχει δὲ ταὐτὸ τοῦτο καὶ τὰ κάρδαμα. \

ΣΤ : Τί φῆς ; \ Ἠ φορντὶς ἕλκει τὴν ἰκμαδ' εἰς τὰ κάρδαμα ;



Disciple : C'est Lui !

Strepsiade : Qui, "Lui" ?

Disciple : Socrate !

Strepsiade : Socrate...! Va, toi, appelle-le-moi à grands cris.

Disciple : Appelle-le donc toi même, car je n'ai pas le temps.


Strepsiade : Socrate ! Mon Socratinou !

Socrate : Pourquoi m'appelles-tu, créature d'un jour ?

Strepsiade : Tout d'abord, ce que tu fais, je t'en prie, explique-le-moi.

Socrate : Je marche dans les airs et j'observe de tous côtés le soleil.

Strepsiade : Alors tu regardes de haut les dieux depuis une claie, mais pas depuis la terre, au moins.

Socrate : C'est que je n'aurais jamais découvert correctement les choses célestes, sauf avoir suspendu mon esprit et bien mêlé ma pensée, devenue subtile, dans l'air semblable. Tandis que, si j'étais à terre et que j'avais observé d'en bas ce qui est en haut, je n'aurais jamais trouvé. Non, en effet, mais la terre, par force, attire à elle la sève de la pensée. Ce même phénomène arrive aussi au cresson.

Strepsiade : Qu'est-ce que tu dis ? La pensée attire la sève vers le cresson ?


C'est court, je sais, mais j'ai encore un oral demain ( le grec sur programme, précisément ) et les scènes d'Aristophane sont tellement difficiles à couper que c'est soit ça, soit trois ou quatre pages, et la latiniste que je suis tape très lentement le grec. Si vous en voulez plus, allez voir dans le bouquin !